Claire Diterzi à l’espace Albert Camus de Bron

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Claire Diterzi est une sorte d’extraterrestre, une chanteuse un peu déjantée, mais terriblement attachante, capable de prendre en otage n’importe quelle audience, même le théâtre de l’Espace Albert Camus à Bron. Coup de projecteur sur une femme qui « envoie le steak ».

Claire Diterzi, artiste aux multiples inspirations et diverses collaborations, que ce soit dans les arts graphiques, la danse, le théâtre ou le cinéma, est aussi une fine plume à la voix envoûtante. Telle une femme au caractère bien trempé, mais tout autant généreuse et audacieuse, elle se permet de lier la poésie au verbe cru et sans détour. Le punk qu’était Brassens aurait sans doute compté parmi ses fans. Si vous êtes amoureux des bons mots, vous ne pouvez déjà que vous délecter des titres de ses chansons et crever d’envie de céder aux délices de ses paroles. « L’avantage avec les animaux c’est qu’ils t’aiment sans poser de questions », « Tu voles de mes propres ailes », « Vivaldi et le Ukulélé », « Je suis un pédé refoulé », « Interdit de jeter son chewing-gum » figurent sur son dernier album, « 69 battements par minute », sorti le 2 mars dernier sur le label Alice au Pays des Merveilles, déjà une invitation à l’onirisme. Du délire aigu de cette femme caméléon aux mille talents, en collaboration avec le dramaturge argentin Rodrigo Garcia, est née cette plaisante hallucination, plus qu’un concert, un véritable spectacle mêlant habilement théâtre et musique. La scénographie épurée, mais très efficace, a été assurée par Alexis Armengol et le vidéaste Vincent Idez. Nul besoin d’effets extraordinaires, de succomber à la surenchère artificielle des grosses machines aux shows à l’américaine, Claire Diterzi joue sur la simplicité, vous charme de sa présence, ses mots font le reste. Elle titille nos émotions, nous parle de sujets qui nous touchent forcément, car ils font partie de notre vie à tous. Mais à ces maux, elle apporte une pointe d’humour et une poésie décalée des plus séduisantes, une sorte de tendre colère, une folle et enivrante désinvolture, un régal. Je me permets de la citer, car c’est encore elle qui parle le mieux de la genèse de ce spectacle:

« Ce projet résulte des séquelles d’une trahison banale. Que je ressassais, chaque nuit, durant tout l’hiver dernier. Impossible de dormir. Je ruminais, acharnée à vouloir comprendre pourquoi la lâcheté et l’opportunisme ambiants m’anéantissaient et me mettaient la misère dans le quotidien de mon nocturne. Afin d’agrémenter constructivement mes insomnies, je me suis mise à lire les pièces de théâtre d’un auteur argentin qui m’avait beaucoup marquée à Avignon il y a de cela quelques années. J’ai ainsi commencé à écrire des chansons à partir d’extraits choisis de ses textes, au travers desquels je trouvais un écho puissant à mes tribulations, et j’ai monté un groupe de rock. Pour pallier au désir de vengeance qui me rongeait les tripes démesurément, j’ai pris le parti de rire de la situation et de sublimer la rancœur accumulée en couchant mes idées sur un journal de bord, fil conducteur témoin de la gestation de ce nouveau gala. J’ai retrouvé le sommeil avec la venue du printemps, parce que je préfère que ce soit Rodrigo García qui m’empêche de fermer l’œil plutôt que n’importe quel enfoiré. »

Comme au théâtre donc, nous étions tous assis et j’ai dû faire attention à ne pas déranger le spectacle. Ainsi, j’ai photographié de ma place au premier rang, sur le côté, en évitant soigneusement de déclencher pendant les interludes, les parties parlées. Un exercice particulier, certes, mais le plus difficile resta encore de ne pas se laisser emporter par l’envie de se lever pour permettre à son corps de s’exprimer au rythme des compositions de Claire Diterzi. Évidemment me direz-vous, ça reste de la chanson, à texte de surcroît, est-ce si dansant que cela? C’est oublier qu’avant d’user de sa poésie en solo, bien avant encore que de se retrouver en résidence à la Villa Médicis à Rome, la belle déjantée officiait dans un univers bien plus punk, notamment avec le groupe Forguette Mi Note. Bref, ne jamais se fier aux apparences, le parcours de Claire Diterzi risque d’en surprendre plus d’un, tout comme son répertoire. Pour ma part, cela faisait bien trop longtemps que je ne l’avais pas vu en concert, à l’époque du second album éponyme de l’éphémère groupe Dit Terzi, en 2000. Il était temps et je suis ravi de l’avoir retrouvée sur scène sur ce très beau projet, même s’il fut un peu court, tout juste 1h10.

Il est temps de laisser place aux images, quelques clichés du spectacle et, pour les curieux qui ne connaîtraient pas encore Claire Diterzi, un petit clip tiré de ce nouvel album. Bonne découverte et à vos partages !

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