Shaka Ponk s’est produit pour la toute dernière fois sur scène, le 30 novembre 2024, à Paris Bercy. Plus de 20 ans de carrière s’achèvent en apothéose.
Annoncée clairement dès octobre 2022, « The Final Fucked Tour » aura été la dernière tournée de Shaka Ponk. Du 12 octobre 2023 au 30 novembre 2024, un incroyable marathon de 60 concerts et pas moins d’1,5 million de spectateurs. À cela s’ajoutent nombre de festivals, dont une présence au Hellfest aussi mémorable que controversée. Nulle tournée d’adieu à rallonge sur plusieurs années comme Scorpions ou Kiss, par exemple. Ici, ce sont les convictions qui priment et il s’agit d’être en cohérence avec ses combats écologiques. Si certains spectateurs semblent gênés par le discours politique du groupe, je ne peux que soutenir ces artistes. Loin des beaux messages en contradiction avec ses actes, Shaka Ponk agit, a pris une noble et difficile décision. En effet qui d’autre a mis un terme à une carrière alors à son apogée, au summum du succès? De surcroit, n’en déplaise aux détracteurs, l’entente entre les membres était au beau fixe, le public toujours plus présent. Un acte symbolique puissant, un courage incroyable, de quoi changer le monde? Sans doute pas, il faudra bien plus que cela, c’est certain. Mais si cela peut mettre une petite pierre à l’édifice, participer ne serait-ce qu’un peu à une prise de conscience… Car c’est bien cela qui anime nos monkeys, depuis l’origine du projet.
Le concept du départ, c’était le primate « Goz », un animal qui explique à l’Homme qu'il fait n'importe quoi. Égocentré, coupé de la nature, perpétuellement en quête d'ascension, l’humain détruit sa planète et court au suicide. En 2015, Shaka Ponk se rapproche de la Fondation pour la nature et l’Homme. L’envie est de plus en plus à mener des actions concrètes. Il y aura ensuite le collectif « Freaks » réunissant des dizaines d’artistes et de personnalités pour sensibiliser l’opinion publique. Ces dernières années, le groupe soutient et lance un partenariat avec Sea Shepherd sur la tournée finale. À noter aussi la participation d’Aurélien Barrau, astrophysicien et philosophe, avec un grand livret joint au vinyle du dernier album. Adopter de nouveaux comportements, changer sa vision du monde, mais une question subsiste… Comment organiser une tournée propre avec nombre de camions remplis de matériel et 70 personnes en moyenne sur la route? La prise de conscience est là, les grosses scénographies sont d’un autre temps, les grands artistes deviennent une partie du problème. Il faut alors se réinventer, imaginer une autre façon de produire des spectacles, de façon plus écoresponsable. Nous sommes évidemment toutes et tous concernés et, au-delà, il y a les politiques que nous laissons faire.
« L’une des raisons de cet arrêt, c’est que nous sommes malmenés, malmenés par un gouvernement. Nous sommes blessés, nous sommes abusés, nous sommes meurtris par la folie destructrice de ces gens qui nous gouvernent et essayent de nous priver des plus beaux trésors de cette vie. Ils essayent de nous priver des uns des autres, ils s’attaquent à l’environnement, au vivant, mais aussi à des trésors de société, comme la liberté, la démocratie, la solidarité, l’éducation, l’hôpital, la santé. Tout ça nous rend un peu dingues et l’on a l’intention d’œuvrer contre une fois séparés »
Frah - Shaka Ponk
Ce 30 novembre 2024, avait donc lieu le tout dernier concert de Shaka Ponk à l’Accor Arena de Paris Bercy. Ce ne fut pas facile de se remettre de cet étrange samedi soir, chahuté par de contradictoires émotions. La joie de retrouver nos monkeys et la famille du public, le cœur en berne à l’idée de cette fin annoncée. L’envie d’arrêter le temps, de conjurer le sort, avoir le pouvoir de changer ce monde pour continuer à vibrer. Pour moi, cette soirée a sonné le glas de 15 ans d’aventures, de moments intenses, de partages profondément humains, inoubliables. Pendant toutes ces années, j’ai eu le bonheur de suivre sur de nombreuses dates Shaka Ponk. J’ai eu le privilège de côtoyer ses membres, d’apprécier chaque seconde passée créant un lien particulier avec un groupe d’exception. Un émoi aussi palpable dans la salle qui affichait complet à l’occasion, comme lors des trois soirs précédents. Si tout le monde comprend et soutien la décision du groupe, on a envie d’en profiter jusqu’au bout. Oublier une dernière fois, pendant deux heures et demie, que nous n’avons pas pu, pas su éviter cette fin.
Avant l’arrivée de Shaka Ponk pour une dernière séance de poignée de mains et d’accolades, la foule lance une gigantesque ola. Dans la fosse, je retrouve toute une bande de Grenoblois qui, comme un mois auparavant, chantent plus fort à tribord. Les spectateurs sont venus de toute la France pour saluer une ultime fois nos monkeys. Impossible de rater cet événement qui marquera l’histoire du rock français, de nombreux fans de la première heure sont présents. Ce soir-là, tout le monde a dansé et aimé les gens. Au diable tristesse, la nostalgie attendra, place aux pogos, slams et circles pits, à cette ambiance si énergique caractérisant cette tournée. Le cœur tiraillé, on ne veut pas croire que tout cela va s’arrêter, que le compte à rebours final est lancé. C’est aussi et surtout la dernière occasion pour remercier ce groupe qui va tant nous manquer. À la conclusion du concert, 20 000 personnes semblent chanter d’une seule voix « MERCI SHAKA ». De quoi vraiment donner des frissons. Sur scène, l’émotion se ressent particulièrement, on retient sas larmes, trouve le réconfort dans les bras amicaux, rêve une ultime fois. Certains fans auraient apprécié plus de surprises, mais il y a eu l’intervention d’Aurélien Barrau et un concert d’une folle intensité.
Impossible de passer à côté de Nova Twins, un duo décapant venu de Londres qui a hautement brillé en ouverture. Composé de la chanteuse/guitariste Amy Love d'origine iranienne et nigériane et de la bassiste Georgia South, jamaïcaine et australienne. Elles ont débuté leur carrière sous le nom de Braats avant d’opter pour Nova Twins. Le duo expérimente un rock alternatif entre punk, nu metal et rap aux teintes électroniques et pop. C’est redoutablement efficace, sauvage à souhait, d’une puissance impressionnante et d’une sensualité rare. Parmi toutes les premières parties proposées par Shaka Ponk lors des différentes tournées, ces deux filles marqueront les esprits. Un véritable coup de cœur à découvrir de toute urgence ! Je vous laisse un clip à diffuser à fort volume en fin d’article.
Du premier concert où je vous ai découverts au dernier où mes yeux ont transpiré, vous avez tout mon respect. Vous allez sérieusement me manquer, individuellement et collectivement, bien au-delà de la musique, de la scène. Shaka Ponk a apporté un vent nouveau au rock français, vous compterez à jamais parmi les références du genre. Je suis fier de vous avoir suivi sur tant de concerts, d’avoir apporté mon humble regard à cette merveilleuse histoire. Les mots ne suffisent pas à vous remercier de ce que vous m’avez apporté dans ces moments partagés avec intensité. Une chose est certaine, je vous aime et j’ai hâte de vous retrouver sous de nouvelles latitudes. Une pensée aussi à toute votre équipe, techniciens, intermittents, Seb et Galla au management, Tôt ou Tard et Zouave productions.
Je vous laisse partager à volonté cet article exceptionnel avec ses 75 clichés marquant la fin d’une si belle aventure. Et pour (re)découvrir les autres concerts de Shaka Ponk que j’ai couvert, c’est par ici. Rendez-vous au cinéma, le 3 avril 2025 pour revivre le dernier Bercy des monkeys.
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